La croissance mondiale a atteint ses limites

Publié sur Voltairenet.org, par Richard Heinberg, 14 août 2009.

… Réseau Voltaire : Selon la plupart des médias, l’origine de la crise financière est à chercher à l’intérieur même du système financier. Cette explication vous satisfait-elle, ou bien, comme vous l’avez suggéré de manière prémonitoire dans Pétrole : La fête est finie ! [1], le manque de confiance vis-à-vis de la reprise de la croissance, celle-ci reposant sur une production de pétrole à bon marché, serait-il également un facteur essentiel?

Richard Heinberg : En 2008 s’est produite la plus importante flambée des prix de l’énergie jamais connue. Historiquement, les flambées du prix de l’énergie ont toujours conduit à une récession. Dès lors, il était raisonnable d’envisager une grave récession pour le premier trimestre 2008.

En fait, la récession a commencé un peu plus tôt et s’est avérée plus profonde et plus persistante qu’aucune autre au cours des dernières décennies. Cela vient du fait qu’un krach financier était devenu plus ou moins inévitable à cause de l’existence d’une multitude de bulles dans l’immobilier et les marchés financiers …

… Réseau Voltaire : Pourriez-vous nous présenter en quelques mots les objectifs du travail que vous et vos collègues menez au Post Carbon Institute (Institut de l’Après-Carbone) et quel a été son impact jusqu’à aujourd’hui ?

Richard Heinberg : Actuellement, nous réunissons une pléiade de chercheurs qui partagent la même vision de la crise mondiale et qui expriment un intérêt à travailler en collaboration avec les programmes d’éducation. Nous considérons que nous vivons un moment historique qui rend nécessaire de repenser en profondeur nos postulats à propos de la croissance économique, de la consommation d’énergie, du système alimentaire, du changement climatique et de la démographie ; des questions qui s’entrecroisent, mais qui sont rarement abordées de manière systématique par les décideurs politiques.

En même temps, le Post Carbon Institute travaille en étroite collaboration avec les Initiatives de transition (Transition Initiatives, transitiontowns.org) ; il s’agit d’un réseau de communautés citoyennes qui promeut l’économie de l’après-pétrole. Tant que les réformes politiques nécessaires ne seront pas imaginées, adoptées, expérimentées et promues par les individus et les communautés, les chefs d’État continueront à traîner les pieds.

Nous estimons que la crise économique actuelle constitue un tournant fondamental dans notre histoire. L’économie mondiale a incontestablement atteint ses limites en matière de croissance. Maintenant, tout dépend de notre volonté à collaborer et à nous adapter à ces limites.

Nous partageons l’idée qu’en définitive, une vie meilleure est possible sans énergies fossiles et sans croissance continue en matière de démographie et de consommation. Mais la transition entre le paradigme actuel d’une croissance basée sur les combustibles fossiles et celui d’une société stable basée sur les énergies alternatives a toutes les chances d’être une parenthèse difficile. L’humanité y arrivera, d’une manière ou d’une autre : la déplétion des ressources en est la garantie. Ce que nous souhaitons, c’est tout simplement rendre cette transition plus facile, plus équitable et plus vivable pour tous ceux qui sont concernés. (long texte entier et notes 1 – 3).

(Traduction par Nathalie Krieg pour le Réseau Voltaire).

Links in english:

book in english: Blackout: Coal, Climate and the Last Energy Crisis (Paperback), by Richard Heinberg;

Book reviews on the web;

Richard Heinberg on wikipedia.

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