Société: Donnez-leur de la flexibilité

Publié sur Solidarité et Progrès.org, par Odile Mojon, Oct. 16, 2009. En réaction à la chronique de Jacques Attali sur les suicides à France-Télécom: Arrêtons le carnage social! du 20 septembre 2009.
(A l’heure où nous publions ces lignes, nous apprenions le vingt-cinquième suicide chez France-Télécom)

J’ai lu et relu avec attention la chronique de Jacques Attali dans L’Express du 17 septembre, intitulée La France est bleue comme une orange, consacrée aux suicides chez France-Télécom … // … En lisant cela, j’essayais de me représenter M. Attali en train d’écrire sa chronique: très probablement depuis un bureau où il a ses habitudes, un bureau calme, bien aménagé, luxueux peut-être, comme on pourrait s’y attendre pour un homme fréquentant les allées du pouvoir. Un homme pour qui confort et bien-être financier récompensent un dévouement sans faille à la cause de ceux d’en haut … // … Je dois ici avouer que, considérant tout cela, une pensée iconoclaste me traversa la tête … Et si Jacques Attali avait raison; s’il avait raison mais se trompait de cible? Car il a raison, c’est évident; dans ce pays règne un indécrottable conservatisme… … dans les classes privilégiées! Chers lecteurs, vous n’en êtes pas nécessairement conscients car elles sont discrètes, confortablement installées derrière les portes blindées et les caméras de vidéo-surveillance de leurs beaux immeubles des quartiers chics …

… Figurez-vous que j’allais même jusqu’à me demander si, lui aussi, était invité sur le yacht de Bolloré, s’il était un intime du vice-président Pébereau et s’il était proche d’Alain Minc! Je dois ici avouer que, considérant tout cela, une pensée iconoclaste me traversa la tête  …  Et si Jacques Attali avait raison; s’il avait raison mais se trompait de cible? Car il a raison, c’est évident; dans ce pays règne un indécrottable conservatisme … dans les classes privilégiées! 

Chers lecteurs, vous n’en êtes pas nécessairement conscients car elles sont discrètes, confortablement installées derrière les portes blindées et les caméras de vidéo-surveillance de leurs beaux immeubles des quartiers chics.

Voyez ces légions de PDG ou de hauts fonctionnaires enkystés depuis toujours dans leurs fonctions lucratives: ne faudrait-il pas exiger des mutations obligatoires tous les trois ans? Quand un directeur de banque provoque des pertes records, ne serait-il pas judicieux de l’amener à retrouver un sens des réalités du terrain en lui suggérant une période de réadaptation, par exemple en s’occupant pour une période minimale de six mois de la cafétéria de l’entreprise?

Ne faudrait-il pas également introduire une juste dose de méritocratie en ne privilégiant pas les « enfants » ou les amis de. Beaucoup de rejetons ou de connaissances de telle ou telle personne bien placée perdent ainsi tout sens de l’effort car ils savent que la bonne société les reconnaîtra comme un ou une des leurs.

Ce qui nous amène à la question des réseaux. A l’instar des responsables de France-Télécom, qui ont jugé souhaitable de secouer le cocotier du personnel, de pulvériser les liens que des années de travail en commun avaient fini par tisser entre collègues et qui les encroûtaient détestablement, ne faudrait-il pas désintégrer les réseaux soigneusement entretenus dans lesquels sont solidement enracinées nos classes privilégiées? Une stratégie de changements d’affectation, dans des secteurs totalement nouveaux, développerait une plus grande flexibilité et donc permettrait la mise en valeur de compétences jusque-là inutilisées dont la société française tirerait le plus grand profit. Par ailleurs, nos classes supérieures, qui tendent à être sociologiquement et intellectuellement extrêmement sédentaires, verraient s’élargir, grâce à un nouvel entourage préférablement dans un milieu différent, leur vision du monde.

La fréquentation de milieux différents conduirait sans doute à un métissage bien tempéré, renouvelant le sang de l’espèce. Celle-ci, pour son plus grand avantage, se trouverait ainsi exposée au risque de copulation sans inceste et d’accouplements sans proximité.

Enfin, une certaine incertitude sur les fins de mois pourrait créer cette pression si propice à l’expression des meilleures potentialités de chacun. Pour l’instant, nos élites, assises sur de grassouillets pactoles qui, comme chacun sait, tendent à relâcher le goût de l’entreprise et de la réussite, ne peuvent bénéficier des vertus revigorantes des fins de mois spartiates. En ce sens, les évaluations personnelles généralisées à tous ceux qui ont des responsabilités d’un certain niveau constitueraient des outils très efficaces pour savoir ce que chacun vaut vraiment sur le marché.

Voici quelques pistes à explorer en vue de libérer nos élites de leur attachement ancestral aux mauvaises habitudes. Certes, vous me direz qu’un Jacques Attali qui semble si convaincu de ce qu’il avance et ne manque jamais de se faire valoir comme digne représentant de cette nomenklatura, devrait donner l’exemple, mais a-t-on déjà vu les docteurs Diafoirus s’appliquer leurs propres remèdes?

Quoi qu’il en soit, et ne fût-ce que par respect et cohérence pour ce qu’ils prônent avec une telle insistance pour les autres, il est grand temps pour les Attali et consorts de move out. (full text).

Comments are closed.