… Radio France Culture de Février 2004

Linked with Annie Lacroix-Riz – France, and with Axis for Peace 2005, and with Vichy, Argent et zyklon B en 1940-44.

Interview à Radio France d’Annie Lacroix-Riz, par J- M Schiappa:

Jean Marc Schiappa : Nous recevons Annie Lacroix-Riz, professeur d´histoire contemporaine à Paris VII, auteur de: ‘Le Vatican, l´Europe et le Reich’ (ed.A.Colin), afin qu´elle nous dise ce que furent les relations du Vatican et du nazisme… Mercredi en huit, TF1 a diffusé un téléfilm, sur la montée au pouvoir de Hitler. Or le contexte international n´était pas évoqué, l´URSS pas mentionnée. Il n´était pas fait mention des partis ouvrier et social – démocrate. Bref, ce ne fut qu´une personnalisation, le nazisme se réduisant à Hitler.

Annie Lacroix -Riz : Ce film est médiocre, voire scandaleux quant à ses carences historiques. Il néglige l´importance tant de l´armée que de la bourgeoisie qui furent les états majeurs sans lesquels les hitlériens ne seraient pas parvenus au pouvoir. Ainsi Röhm, fondateur des S.A, était capitaine. C´est l´armée qui a entretenu et, au sens propre, armé les hommes de main des S.A. L´armée a vu dans le nazisme, le moyen de lever tous les obstacles au désarmement et de déclencher la guerre. Elle entend trouver le moyen de recruter dès lors que le désarmement deviendra effectif. Pour autant, elle ne manquera pas de se débarrasser, le moment venu, de ses concurrents : d´où la fameuse nuit des Longs couteaux. Il reste que la masse des S.A est un des éléments de cette logique de réarmement.

Le rôle du patronat ne se limite pas à quelques richissimes Allemands ou Américains. Dès les années 20, les hitlériens se sont faits valoir auprès du patronat comme briseurs de grèves. Ils se sont posés en éléments les plus efficaces contre le mouvement ouvrier. Ce qui a plu aux patrons, de sorte que les hitlériens ont pu acquérir des bases solides, ville par ville. La fraction du patronat du Charbon et de l´Acier (Schwerindustrie) avait affecté, dès 1923 (au moment de l´occupation française de la Ruhr), un pourcentage du chiffre d´affaires de la sidérurgie au financement du parti hitlérien. Ainsi, le soutien du patronat et de l´armée offrit-il au parti hitlérien l´accès au pouvoir. De plus, Hugenberg, ancien directeur de Krupp, contrôlait plus de 50% de la presse allemande. Sa société cinématographique, UFA, dominait tout le cinéma allemand. Ce qui donna une tribune permanente à Hitler. Ce fut le cas contre le plan Young, plan de règlement des réparations, qui en amorçait, en fait, la liquidation. Cette propagande obsédante a fait croire à la population (6 à 7 millions de chômeurs) que les réparations étaient la source de tous ses maux. Une légende, car ne furent payées que 13% des sommes demandées en 1920-21 à la suite du traité de Versailles de 1919.

J- M Schiappa : von Papen est une personnalité très compromise avec le nazisme. Or il fut acquitté par le tribunal de Nuremberg.

Annie Lacroix – Riz : von Papen était allié aux milieux financiers et un membre important du parti catholique, le Zentrum. Il était membre de sa fraction droitière animée par le favori du nonce, Pacelli (futur Pie XII), Monseigneur Kaas. En fait, il s´agit de l´extrême droite, tout comme Hugenberg qui était, lui, protestant. Le programme de ce groupe était le même que celui des hitlériens et von Papen fut un truchement essentiel entre eux et le Vatican. Camérier secret du Vatican, il fut le négociateur du Concordat signé avec le Troisième Reich en juillet 33. Mussolini disait fort justement que cet accord d´État avait permis au régime hitlérien d´acquérir le prestige international qui lui faisait grandement défaut. Si von Papen fut inquiété au moment de la nuit des Longs couteaux, il joua ensuite un rôle important au service du Troisième Reich : il acheva les préparatifs de l´Anschluss comme ambassadeur à Vienne après juillet 1934 ; puis il fut nommé ambassadeur du Reich à Ankara, poste occupé pendant la guerre. Il fut épargné par les Américains en 1945, comme toutes les personnalités d’envergure financière. Ainsi du docteur Schacht, président de la Reichsbank et conseiller économique de Hitler dès 1930/31, qui renia le plan Young aussitôt après l´avoir signé et anima auprès de Hitler l´agitation contre lui. Les Américains optèrent pour le statu quo comme après la première Guerre mondiale et la guerre froide permit de masquer leur comportement.

J – M Schiappa : on évoque la résistance des catholiques sur le plan individuel, voire d´un changement d´attitude du Vatican à partir de 1934/35.

Annie Lacroix – Riz : sur le plan personnel, il y a eu des résistants catholiques dans des pays souvent majoritairement catholiques. Le Vatican n´a pas résisté, bien que le livre de Cornwell tente, en abandonnant Pie XII, franchement indéfendable, de sauver l´honneur de l´institution, en prétendant que son maître Pie XI avait résisté au régime allemand.

Or Pie XI, via son nonce Pacelli (futur Pie XII), avait participé à la solution du 30 janvier 1933, conduisant à la nomination de Hitler comme chancelier. Il approuva la venue des hitlériens au pouvoir, les félicitant d´être les seuls à comprendre le « problème bolchevique » aussi bien que lui. Le soutien du Vatican au Reich fut constant des années trente jusqu´au lendemain de la seconde Guerre mondiale (filières de protection des nazis). L´enjeu n´était pas idéologique, mais, comme autrefois, territorial. Le Vatican avait été le bras du germanisme dans la poussée vers l´Est de la dynastie des Habsbourg, il le resta, au service du Reich allemand, après le déclin de l´empire austro-hongrois de la fin du XIXème siècle. Il n´y eut jamais de césure. Son soutien à l´Anschluss, acquis par Berlin dès 1918-19, signifiait la liquidation des pays « successeurs » nés des ruines de l´empire des Habsbourg grâce à la victoire française de 1918 et alliés de la France.

J- M Schiappa : on prétend que les archives du Vatican ont été ouvertes ?

Annie Lacroix – Riz : on en a fait grand cas, indûment. Les archives du Vatican sont censées être ouvertes jusqu´en 1922 (mort de Benoit XV). Mes recherches personnelles m´ont permis de constater, par recoupements avec des archives d´Etat, que les archives du Vatican ne comportent pas des pièces majeures présentes dans les premières. C´est le cas pour la prétendue Initiative de paix du 1/08/1917 de Benoît XV, simple tentative de sauver l´Allemagne en posture militaire délicate. Une commission internationale d´historiens nommée à l´époque de la grande Repentance (1999) et dite « mixte » (curieux terme pour désigner trois historiens juifs et trois catholiques) a annoncé, dès 2000, qu´elle ne pouvait pas travailler sérieusement. En fait les « archives » s´étaient bornées aux « Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la seconde Guerre mondiale » : c´est à dire une sélection faite par quatre jésuites après la sortie, dans les années 60, de la pièce allemande Le Vicaire, et le scandale consécutif qui avait obligé le Vatican à rendre des comptes. Même dans ces Actes, il n´est pas parvenu à s´innocenter.

J- M Schiappa : Annie – Lacroix Riz, merci. Je précise que votre dernier livre, Une histoire contemporaine sous influence, va paraître incessamment aux éditions « Le temps des cerises ».

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