Suspension sine die des négociations du cycle de Doha

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Echec des négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), annoncée à Genève le 24 juillet dernier par son directeur général, M. Pascal Lamy, est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Une très mauvaise nouvelle, à en croire les médias dominants qui versent des larmes de crocodile sur le sort des pays pauvres prétendument affectés par la non conclusion d’un accord qui aurait facilité l’accès de leurs productions aux marchés des pays riches.

Pour comprendre l’imposture de ce discours, il faut d’abord démonter ses présupposé:

- Le premier, qui fonde tous les autres, est que l’ouverture totale des marchés, le libre-échangisme sans limites, serait bénéfique à tous, pays et populations pauvres et riches. Les pays non industrialisés, mais qui voudraient le devenir, auraient, nous dit-on, tout à gagner à abaisser leurs barrières tarifaires aux produits industriels et aux services fournis par des firmes transnationales du Nord dont la productivité est sans commune mesure avec celle des entreprises locales. Ce n’est pas seulement le simple bon sens qui invalide une telle allégation, c’est aussi l’expérience. Les pays les plus fréquemment cités comme des « success stories » en la matière (la Corée, Taïwan) ont fait exactement l’inverse : ils ont bâti leur industrialisation sur la protection de leur marché intérieur, de manière à permettre à leurs industries naissantes de ne pas être étouffées dans l’œuf.

- Le deuxième est qu’il existerait un marché mondial des produits agricoles. C’est faux : plus de 90 % des produits agricoles sont consommés sur place. Seuls moins de 10 % sont exportés, pour une bonne part dans des conditions en totale violation des principes libre-échangistes. Aussi bien l’Union européenne (UE), via la politique agricole commune (PAC), que les Etats-Unis subventionnent massivement leurs exportations dans ce domaine, causant la ruine des petits producteurs des pays du Sud, en particulier des cotonniers d’Afrique de l’Ouest.

- Le troisième est la confusion délibérément entretenue quant à l’accès des produits agricoles des pays du Sud aux marchés développés. On nous présente cet accès comme un facteur de développement, d’où l’hypocrite désignation du Cycle de Doha. De quel accès s’agit-il ? Non pas des produits de l’agriculture paysanne, destinés à la consommation familiale ou locale, mais bien de ceux de la grande agriculture productiviste, de l’agro-business. Cette dernière ne change pas de nature au motif qu’elle serait de nationalité brésilienne ou argentine, surtout quand on sait qu’elle est souvent entre les mains de transnationales américaines ou européennes implantées sur place.

- La quatrième est la référence constante des médias, notamment économiques et financiers, aux gouvernements des pays du Sud pour tenter de culpabiliser les opposants au libre-échange. Or nombre de ces gouvernements, celui du Brésil en tête, lorsqu’ils s’expriment à l’OMC, sont les porte-parole non pas des intérêts de leurs petits paysans, mais de ceux de l’agro-business. Ces gouvernements réclament à juste titre la suppression totale des subventions aux exportations, acquise pour 2013, mais, dans une logique strictement libérale, ils s’opposent aux revendications de sécurité et de souveraineté alimentaires, donc de protection aux importations, que défendent les organisations paysannes du Nord comme du Sud regroupées dans La Via Campesina.

Une fois effectués ces rappels, on peut analyser l’échec de Genève et en tirer quelques enseignements. Une « réussite » du Cycle de Doha supposait un compromis global entre l’UE et les Etats-Unis, d’une part, et les grands pays émergents (Brésil, Inde, etc.) d’autre part : les premiers supprimaient leurs subventions aux exportations agricoles, et les seconds abaissaient leurs barrières douanières aux importations de produits industriels, ainsi qu’aux fournisseurs de services (assurances, banques, notamment) par le biais de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS). Dans tous les cas, il s’agissait essentiellement de satisfaire les revendications des grandes firmes transnationales des secteurs en question, et nullement, comme le dit la propagande libérale, de défendre les consommateurs.

Dès lors qu’un accord ne pouvait être conclu sur l’agriculture, c’est l’ensemble du « deal » qui capotait. C’est ce qui s’est passé en raison de l’attitude intransigeante de Washington : à quelques mois des élections de novembre au Congrès – où les républicains craignent de perdre le contrôle des deux Chambres -, le gouvernement Bush ne pouvait se permettre de s’aliéner les suffrages des « farmers ». Le commissaire européen chargé du commerce, M. Peter Mandelson, était, lui, disposé à aller très loin, et même au-delà de son mandat de négociation, dans la réduction des tarifs douaniers sur les produits agricoles afin de favoriser la percée des transnationales européennes dans les pays « émergents ». Avec comme conséquence inévitable la disparition d’un nombre accru d’exploitations, et une concentration supplémentaire du secteur. Dans la plupart des pays membres (mais pas en France), ce secteur « pèse » en effet beaucoup moins en termes politiques que les grands lobbies de l’industrie et des services.

(Lire tout le reste de cet’article dans Monde diplo online, Aout 2, 2006).

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