talents musicaux inconnus et l’internet

Lancé par deux anciens cadres supérieurs néerlandais reconvertis dans l’Internet, le site Sellaband fait le lien entre talents musicaux inconnus et fans désireux de les produire, selon un système dépassant les clivages autour du téléchargement gratuit. “Ce site, c’est l’oeuf de Colomb”, s’écrie Johan Vosmeijer, ancien directeur des ventes au Benelux chez Sony, qui a tout quitté pour les locaux austères d’une start-up d’Amsterdam, née de la réflexion de son compatriote Pim Betist, ancien manager chez Shell.

Sur http://www.sellaband.com/, l’internaute peut écouter la production de groupes inconnus et si leur musique lui plaît, en acheter des parts à 10 dollars pièce. Une fois atteinte la barre des 50.000 dollars, un premier album est produit, et les investisseurs, au moyen du chat qui leur est réservé, peuvent influencer les choix artistiques de leurs poulains. Le CD arrive ensuite dans les bacs, mais est également téléchargeable gratuitement et légalement sur le site, qui s’acquitte des droits d’auteur.

Les bénéfices générés par la vente du disque et la publicité sur le site sont ensuite partagés entre le groupe, ses investisseurs et Sellaband. Pour Emmanuel Pujol, chanteur du groupe de pop-rock français The Fakes, qui en trois semaines a reçu plus de 4.000 dollars d’investissements, la “formule de Sellaband est la bonne”. Car si “les grandes +majors+ essaient de contrer le téléchargement en proposant des sites où on peut télécharger les chansons pour un euro”, elles sont toujours maîtres de la sélection des groupes, explique-t-il à l’AFP.

“L’industrie musicale a toujours été la même : d’un côté les artistes et producteurs, de l’autre, nous les fans”, renchérit Rodrigo Frey, 32 ans, journaliste au Chili et investisseur sur Sellaband. “Je veux pouvoir entendre les nouveaux morceaux, donner mon opinion, suggérer des changements, voir la maquette du disque, contribuer à la stratégie marketing”, dit-il. Les investisseurs sont invités à faire fonctionner le bouche à oreille. “On leur dit : +Parlez-en à vos amis, sur des forums, faites écouter la musique dans laquelle vous investissez à vos collègues+”, explique M. Vosmeijer. “Car on y gagnera : le groupe en célébrité, le site en audience et tout le monde en argent”.

“Le succès de la musique en ligne est souvent une illusion car être accessible pour tous ne signifie par qu’on sera capable de développer une vraie carrière professionnelle”, estime cependant le directeur du Syndicat national des éditeurs phonographiques français, Hervé Rony.

“Mais l’idée de transformer l’esprit communautaire d’Internet en une communauté d’investisseurs est très bonne, la question restant : +Comment continuer à générer de la valeur ajoutée permettant d’exister économiquement+?”, explique-t-il, joint par téléphone à Paris. En deux mois d’existence, Sellaband a déjà attiré 300 artistes et 2.000 investisseurs originaires de 70 pays.

“Tu aides un groupe à enregistrer un album que tu aurais acheté si tu l’avais trouvé chez le disquaire et, en plus tu aide un artiste à réaliser son rêve et tu peux gagner de l’argent avec !”, s’émerveille un autre investisseur, Evrard Harris, 26 ans, de Birmingham (Grande-Bretagne). “C’est risqué, mais aussi très excitant”! “Au début, on attirait surtout des fans de musique, mais là on commence à voir arriver des gens qui veulent faire du business”, sourit Pim Betist, qui a inventé le concept à force de s’irriter contre la radio, qui “ne jouait jamais la musique que j’avais envie d’entendre”.

Sellaband prévoit d’enregistrer le premier CD sous son label au début de l’année 2007. En tête de la course, le groupe de rock gothique néerlandais Nemesea avait récolté près de 12.000 dollars vendredi. (Voir tout sur le site de sellaband).

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