La décennie perdue et la finance « vicieuse »

Linked with Pierre Salama – France, with Rethinking Financial Dependency, and with Strategies and Preparedness for Trade and Globalisation in India.

Excerpt: … (par Pierre Salama) L’essor des activités financières n’est pas, par nature, parasitaire. D’une manière générale, les entreprises agissent dans un environnement macroéconomique sur lequel elles ont en général peu de prise, et elles le font également dans un contexte d’information incomplète. La complexité de la production aujourd’hui augmente l’incerti­tude quant à la rentabilité des projets. La couverture de ces risques nouveaux conduit au développement de produits financiers également complexes. A ce titre, le marché financier – à condition qu’il soit suffisamment grand et diversifié, ce qui n’est pas le cas en Amérique latine -, peut permettre l’essor de technologies nouvelles et assurer par conséquent la conversion de l’appareil de production vers la fabrication de produits industriels de plus en plus sophistiqués en créant des produits financiers adaptés au risque. Les exportations de produits complexes nécessitent non seulement l’intervention des banques et le montage d’un “package” financier complexe et original, mais aussi l’utilisation de produits financiers dits dérivés devant couvrir une série de risques dont celui du change. Ainsi la complexification du marché financier, quant à ses produits et à leur jeu, est, dans une certaine mesure, la conséquence de la complexification de la production. Cette complexification financière prend son envol avec la libéralisation financière (décloisonnement, désintermédiation et déréglementation).

Elle a certes un coût, mais permet un profit supérieur à ce coût[5]. Le développement de la finance, l’essor de produits financiers sophistiqués permettent donc in abstracto le développement du capital car le cycle du capital ne se déroule que si les activités financières permettent au capital productif d’être valorisé. L’essor du secteur industriel nécessite un développement plus que proportionnel du secteur financier. Il y a basculement vers la «financiarisation» lorsque le développement de ces activités obéit davantage à l’attrait des nouveaux produits financiers pour eux-mêmes, plutôt qu’à l’objectif de diminuer des risques pris dans le financement du productif. La financiarisation est le seuil à partir duquel le financier, plus lucratif que le productif, se développe aux dépends de ce dernier.

Le secteur financier semble alors s’autonom­iser du secteur productif. Comme Janus, la finance a deux faces : un côté vertueux lorsqu’elle facilite l’accumulation, un côté parasitaire lorsqu’elle se fait à son détriment. Ces deux faces coexistent, l’une l’emportant sur l’autre et vice et verça selon les périodes, l’environnement macro économique (distributions des revenus, types d’insertion dans l’économie monde, rapports avec les économie développées et les marchés financiers internationaux). Lorsque le côté vertueux l’emporte sur le côté parasitaire, les activités financières peuvent être comprises comme les activités de commerce analysées par Marx : elle sont «indirectement productives». Le développement de la finance est alors d’autant plus vertueux qu’il génère une augmentation des patrimoines fictifs quand la croissance de la capitalisation boursière est importante : l’augmentation de ces patrimoines fictifs accroît la propension à consommer des ménages et offre de ce fait un champ supplémentaire à la valorisation du capital productif. Le taux d’investissement augmente et avec lui l’endettement, facilité par la hausse de valeurs détenues part les entreprises et l’augmentation de leur capitalisation boursière. Cet endettement finance certes une partie de la hausse de l’investissement mais il est provoqué essentiellement par l’achat d’actifs à des prix élevés lors des processus de regroupement. Dans ces l’essor de la finance favorise une augmentation du taux de croissance. Nous sommes ainsi loin d’une interprétation unilatérale concevant la relation finance industrie que du point de vue de la ponction des profits industriels opérée par la finance.

Ce n’est pas ce cas de figure qui caractérise les années quatre vingt en Amérique latine. Loin d’être «vertueuse », la finance devient «vicieuse», «perverse ». Elle sécrète des rentes, accentue les inégalités entre les revenus du capital et ceux du travail, mine l’accumulation, limite la création d’emplois et favorise le développement d’une société d’exclusion. C’est ce que nous allons voir … (Veuillet lire le tout de ce long article sur next.u-paris10.fr).

Comments are closed.