A quoi pense la littérature de jeunesse?

Philosophie (avec les enfants) et littérature (de jeunesse) – Lié dans nos blogs avec PHILO – ACTION, POUR PENSER ET CHANGER L’ECOLE, avec Ateliers philo: la philo selon Lipman, with Philosophy and children, et avec Le Site: ce n’est qu’un début.

Publié actuellement sur le blog Des discussions philosophiques pour enfants en Zone d’Education Prioritaire, par Edwige Chirouter, Octobre 2010. (ce blog a 5 longues pages, l’histoire la plus ancienne est en haut de la page 1, la plus récente en bas /au fond de la page 5).

(Un extrait d’un très long texte, presqu’en haut de la page 4) … La pratique de la « philosophie avec les enfants » se développe en France depuis maintenant une vingtaine d’années. Venues des Etats-Unis, suite aux recherches du philosophe M. Lipman, et répondant à l’appel à « philosopher hors les murs » lancé par le GREFH et J. Derrida dans les années 1970[1], les « Discussions à Visée Philosophique » prennent des formes diverses, répondent à des enjeux pluriels et suscitent de nombreuses controverses[2].

Car si ces pratiques répondent au besoin de démocratisation d’une discipline scolaire jugée trop souvent comme hermétique et élitiste, elles bouleversent aussi complètement les représentations traditionnelles de son enseignement. En quoi ces pratiques avec de si jeunes élèves peuvent-elles être véritablement philosophiques ? Les enfants en sont-ils capables ? Quels dispositifs mettre en place ? Quels supports utiliser ? Dans ma thèse[3], je suis partie du postulat suivant : on ne peut apprendre à philosopher sans supports, sans textes, qui permettent la mise à distance et la problématisation du sujet. Les textes de philosophie classique étant trop ardus et complexes pour des élèves du primaire, c’est grâce à la littérature que l’on peut peut-être leur permettre d’entrer dans cet apprentissage difficile et rigoureux. Et surtout, c’est d’ailleurs peut-être grâce à l’enfance que la littérature et la philosophie pourraient retrouver leur alliance originelle. L’enfance est le pont qui permettrait de retrouver la fraternité de ces deux paroles, qu’il ne faut certes pas confondre, mais dont il ne faut surtout pas oublier non plus le fondement commun : la littérature et la philosophie sont toutes les deux des discours qui donnent sens et intelligibilité à notre existence. Elles naissent de l’étonnement devant le monde, expérience fondatrice dont l’enfance nous rappelle chaque jour la force, et cherchent toutes les deux à éclairer notre condition. Disciplines trop souvent et injustement cloisonnées dans le système éducatif français, la littérature et la philosophie ne pourraient-elles pas retrouver leur complémentarité grâce au développement de la philosophie avec les enfants ? … //

… Conclusion (page 5):

Fonctionnant sur le mode de la pensée magique, l’enfance est l’âge d’or de la croyance en l’imaginaire. “ Ce consentement euphorique à la fiction ”[17], ne disparaît (heureusement) jamais complètement et c’est lui qui œuvre à chaque lecture de récit. C’est l’enfant en nous qui resurgit chaque fois que s’ouvre un livre. L’enfance, la littérature, et la philosophie se rejoignent alors, car cet abandon magnifique naïf et total au monde de la fiction ne se fait pas dans un désir insouciant d’échapper à la réalité, dans un désir de simple amusement ou de fuite. L’enfant cherche aussi dans l’acte de lire des réponses à ses interrogations fondamentales. Il s’abandonne dans l’espoir sérieux de trouver du sens à son expérience. La lecture est aussi une quête à la recherche de soi et des autres. La philosophie et la littérature nous offrent des pensées vivantes sur les enjeux de la condition humaine et les valeurs de la culture. Elles extériorisent et mettent en question les représentations que nous avons de nous-mêmes et du monde. Or, les jeunes élèves sont tout à fait capables de saisir la pensée d’un récit pour construire leur propre réflexion sur une notion, un concept. La littérature de jeunesse peut donc bien être une véritable « école de vie », quand les auteurs et les éditeurs font le pari d’une écriture ambitieuse, tant sur le fond que sur la forme, et si les adultes savent accompagner les enfants dans une lecture philosophique des œuvres qui leur permettent de mieux donner sens au monde et à leur existence.

(Voir ce très long texte entier, ainsi que la BIBLIOGRAPHIE, … et les Notes de 1 – 17).

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