Les cyber-activistes arabes face à la liberté sur Internet made in USA

Lié dans nos blogs avec Action des chrétiens pour l’abolition de la torture – ACAT France. – Publié sur le blog sami ben gharbia, par sami ben gharbia, Janvier 24, 2011, et avec Stop Impunity.

Cet article se concentre sur le cyber-activisme de base dans le monde arabe et les risques encourus d’une collision inévitable avec la politique étrangère et les intérêts US. Il résume l’essentiel des discussions que j’ai eues, ces deux dernières années, avec de multiples acteurs engagés dans la défense de la liberté d’expression sur Internet et dans l’utilisation de la technologie pour le changement social et politique. Bien que le sujet principal demeure l’activisme numérique arabe, j’y ai inclus les problématiques et inquiétudes similaires soulevées par des activistes et défenseurs de la liberté d’expression sur Internet issus d’autres parties du monde comme la Chine, la Thaïlande et l’Iran … //

… … Conclusion: 

Pour que les cyber-activistes du monde arabe puissent réaliser leurs nobles aspirations, ils doivent rester indépendants et endogènes, en recherchant le soutien financier, logistique et moral de la base ou en essayant de trouver un appui de parties neutres qui n’encouragent aucun type d’agenda idéologique ou politique. Évidemment, cela ne signifie pas que nous devrions être complètement déconnectés de l’expérience du cyber-activisme mondial que nous avons besoin de comprendre, avec lequel nous devons interagir et dont nous devons apprendre des expériences. À l’heure actuelle, il est urgent de résister à toute tentative gouvernementale de détourner ou de politiser notre espace, il est urgent de le dénoncer publiquement et nous assurer que nous prenons des décisions éclairées, plutôt que d’accepter naïvement le soutien et le financement idéologiquement teinté de Liberté de l’internet.

Si les USA et d’autres gouvernements occidentaux veulent soutenir la liberté sur Internet, ils devraient commencer par interdire l’exportation de produits de censure et d’autres logiciels de filtrage vers nos pays. Après tout, la plupart des outils utilisés pour museler notre liberté s’expression en ligne et pour suivre nos activités sur Internet sont conçus et vendus par des entreprises usaméricaines et occidentales. L’autre problème est que les USA et d’autres gouvernements occidentaux ne sont pas contestés de l’intérieur au sujet de leur politique. Nos chers amis et défenseurs de la liberté d’expression usaméricains devraient mettre plus de pression sur leur gouvernement pour mettre un terme à l’exportation de ce type d’outils à nos régimes au lieu de faire pression pour recevoir plus d’argent pour aider à construire (encore) un autre outil de contournement ou pour aider les dissidents à renverser leurs régimes.

Google, au lieu d’utiliser le même mantra de la liberté de l’Internet et au lieu de ronronner dans la chambre d’écho idéologique de “l’art de gouverner du 21e siècle” usaméricain, devrait déployer davantage d’outils ou améliorer les anciens outils pour aider à renforcer le domaine du cyber-activisme. J’ai toujours plaidé pour une https par défaut pour chaque blog sur Blogger.com. J’ai aussi demandé à Google de fournir aux groupes d’activistes vivant dans des pays qui bloquent l’accès à YouTube des adresses IP alternatives qui leur permettent d’interagir librement et sans crainte avec YouTube API. Parlant du rôle des entreprises privées usaméricaines dans le soutien la liberté d’Internet, le blogueur et cyber-activiste Alla Abd El Fattah souligne que la meilleure démarche qu’elles devraient faire serait de continuer à développer un Internet libre, neutre et décentralisé:

“Si les entreprises et organisations non lucratives usaméricaines veulent soutenir la démocratie au Moyen-Orient, la meilleure chose qu’elles puissent faire est de continuer à développer un Internet gratuit, neutre et décentralisé. Combattez les tendances inquiétantes émergeant dans votre propre arrière-cour, allant des menaces à la neutralité du Net, au mépris de la vie privée de l’usager, aux droits d’auteur draconiens et restrictions DRM, à l’évolution inquiétante de la censure à travers les tribunaux en Europe, aux restrictions à l’accès anonyme et à la surveillance généralisée au nom de la lutte contre le terrorisme ou la protection des enfants ou encore la lutte contre le discours de haine ou toute autre chose. Vous voyez, ces tendances donnent à nos propres régimes des grandes excuses pour leurs propres actions. Vous n’avez pas besoin de programmes et de projets spéciaux pour aider à libérer l’Internet au Moyen-Orient. Il suffit de le garder libre, accessible et abordable de votre côté et nous verrons comment l’utiliser du nôtre, contourner les restrictions imposées par nos gouvernements, innover et contribuer à la croissance du réseau.”

Oiwan Lam de Hong Kong fait les mêmes recommandations. En ce qui concerne le secteur des entreprises, Oiwan suggère que les sociétés US, comme Google, devraient éviter de transformer le contournement en une guerre de guérilla:

“Le développement et la promotion d’outils de contournement sont plus ou moins sous l’influence de la rhétorique de guerre froide de la GFW [Grande Muraille de Feu, surnom du bouclier mis au point par le gouvernement chinois pour censurer Internet, NdE] (comme Lokman Tsui l’a souligné dans sa thèse). Je pense que nous avons besoin d’une approche plus décentralisée et durable pour aider les personnes dans diverses situations à accéder à Internet. Par exemple, nous pouvons encourager les universités à offrir aux étudiants des universités partenaires dans des sociétés moins ouvertes un accès VPN [Réseaux privés virtuels] ou un accès proxy. Pour les cyber-activistes, ils peuvent avoir besoin d’outils plus sophistiqués. Pour le secteur des entreprises, les fournisseurs de VPN gérés commercialement sera probablement plus efficace. Au lieu de transformer le contournement en une guerre de guérilla, il est préférable d’intégrer ces outils dans la vie quotidienne des gens et dans leur cadre de travail.” (très long texte entier avec graphiquies).

(Sami Ben Gharbia: I’m a Tunisian blogger based in The Netherlands. the co-founder of nawaat.org (which means the core in Arabic), a Tunisian collective blog about news and politics. I’m also the Advocacy Director at Global Voices – Censored in Tunisia between 2002 and 2011.

Traduit de l’anglais par Marina El Khoury, édité par Fausto Giudice).

Comments are closed.