Europe: sécularisation de la société, réactions des églises Colloque 2011 de FAML asbl

Lié sur nos blogs avec Fédération des Amis de la Morale Laïque FAML asbl. – Publié sur la website de la Fédération des Amis de la Morale Laique /Colloque FAML asbl.

Dieu n’est pas mort en Europe, pas plus qu’il n’est de retour ou n’est ressuscité : il a toujours été présent en ne cessant de muer. Décrypter ce qui se passe aujourd’hui en termes de revanche contre le sécularisme ou d’un nouveau round de l’affrontement de l’Etat et des Eglises est un anachronisme … // 

… La religion est un facteur du jeu politique européen, notamment au Parlement européen. Les partis confessionnels sont globalement sur le déclin à travers le continent, mais les croyances et les convictions philosophiques qui leur font contrepoids fonctionnent comme des arguments de différenciation et de mobilisation. Si la démocratie chrétienne n’est plus le bras armé de l’Eglise, la référence religieuse est laissée en « open source » pour le libre usage de qui veut y puiser, et ce au déplaisir éventuel des hiérarchies confessionnelles. On constate par ailleurs le renforcement du lobbying religieux, porté par la montée en puissance depuis les années 1980 de la représentation d’intérêts en général.

En la matière, la concurrence libre et non faussée n’est pas synonyme de stricte égalité. Mieux vaut être une religion majoritaire à l’implantation ancienne qu’une confession ou une conviction émergeant plus récemment sur la scène politique et moins bien pourvue sur le plan démographique et financier.

Le lobbying heurte certaines cultures politiques qui y voient des interférences avec la formulation de l’intérêt général. Il est beaucoup mieux reçu dans les modèles pluralistes où la religion a été dès le début de l’histoire nationale du côté de la modernité et de la construction de l’Etat. Les communautés religieuses et philosophiques s’y rallient elles-mêmes bon gré mal gré pour profiter des opportunités offertes par le traité de Lisbonne leur réservant un canal spécifique par rapport au reste de la société civile pour entretenir un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les institutions européennes. La tension est constamment sous-jacente entre conversion obligée au langage de la raison publique et de la diversité pour se faire entendre de la puissance politique, des autres confessions et des non-croyants, au risque de perdre en cohérence et en authenticité, et tentation de se replier sur une vérité qui parle fidèlement aux croyants mais reste inaudible aux autres.

En matière de gestion institutionnelle et de politique publique, l’UE respecte les et ne préjuge pas des systèmes nationaux de régulation des cultes. Les institutions européennes n’ont pas de compétences directes en la matière mais rencontrent de plus en plus fréquemment le religieux dans leur action normative. Dans l’ensemble, les acteurs supranationaux – juges compris – se montrent très prudents dans leur stratégie politique et juridique à l’égard du religieux. Le souci est de ne pas entrer en conflit avec les autorités nationales sourcilleuses sur leurs prérogatives, et de ne pas s’exposer inutilement sur des dossiers sensibles, sachant que le gain en termes de légitimation reste très incertain … (texte entier).

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