Les femmes sénégalaises cinquante années après: Champs et obstacles d’une longue traversée

Publié dans Walf Fadjri.sn, par Amadou NDIAYE, mars 2011.

La lutte pour l’émancipation de la femme africaine en général, et sénégalaise en particulier, a suivi un processus ponctué par l’implication de plusieurs générations de femmes. Cinquante ans après, elles sont invitées à jeter un regard rétrospectif sur leurs parcours, loin du folklore et de l’euphorie.

Le combat pour l’émancipation de la femme a toujours cherché les voies et moyens pour décrier et, éventuellement, éliminer les différentes formes de discriminations subies par les femmes à travers le déroulement de l’histoire de l’humanité. Au plan mondial, les consciences ont été fouettées par des conférences historiques sur la condition féminine. C’est le cas à Mexico en 1975, à Copenhague en 1980, Nairobi et Beijing en 1995. Des événements qui ont eu en commun de créer un tilt sur la conscience du monde. Désormais, les femmes sont vues sous un autre œil. Au plan africain, les réalités religieuses, culturelles et sociologiques qui réduisent la femme en sa plus simple expression, c’est-à-dire gérer le foyer et procréer, font que, depuis les indépendances, les avancées sont timides … // 

… Femmes et conflits en Casamance:

Sur un autre registre, les femmes et les enfants restent les couches vulnérables et paient souvent un lourd tribut dans l’éclatement des conflits armés. S’il est vrai que les conflits actuels n’épargnent personne, il ne faut jamais perdre de vue qu’il existe des impacts différenciés aussi bien sur les hommes et les femmes que sur les garçons et les filles. Les femmes sont les victimes ciblées des conflits actuels et, dans bien des cas, elles subissent des violences et des viols et en portent les stigmates toute leur vie. De plus en plus, les parties aux conflits font du viol une stratégie de guerre. Une manière efficace de saper le moral du camp adverse. Plusieurs femmes rencontrées en Casamance racontent avec beaucoup d’insistance, la peur et l’angoisse qui rythment leur quotidien. Dans nombre de localités du Fogny, partie nord de la Casamance, les femmes sont meurtries par le spectre des combats de plus en plus soutenus entre les éléments armés du Mouvement des forces démocratiques (Mfdc) et les éléments de l’armée sénégalaise. ‘Il arrive souvent que nous nous enfermons dans les postes de santé avec les malades venus se faire consulter pendant les heures que durent ces affrontements. La peur est toujours là et malheureusement, nous les femmes sommes obligées de subir les bêtises que vous les hommes commettez ’, lançait au mois de décembre dernier une matrone dans le Fogny.

En Casamance, les viols et les violences physiques traumatisent plusieurs femmes ; on n’en parle pas beaucoup, mais c’est une réalité. Le taux de prévalence du Sida qui est de 0,7 % au Sénégal, prend de l’envol dans cette zone où l’on retrouve des poches qui enregistrent des taux renversants qui se situent entre 6 et 11 %. Dans une rencontre tenue récemment sur ‘Femmes et guerres’, organisée par le Comité international de la Croix-rouge, la coordinatrice du comité régional de solidarité des femmes pour la paix en Casamance/Usoforal, Seynabou Male Cissé, dénonçait la culture et la banalisation de la violence en Casamance qui traversent très souvent les frontières de la région. Elle a également soutenu qu’il existe bel et bien un conflit en Casamance, contrairement à ce que certaines autorités veulent faire croire à l’opinion. Comme tous les conflits armés, celui de la Casamance draine son lot de victimes, les femmes et les enfants occupent hélas la première place. C’est dans ce contexte parmi tant d’autres, que la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, dont les 10 années d’existence ont été fêtées en fin 2010, est d’un intérêt capital. (texte entier).

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