Notre ordre démocratique et libéral est en danger

Interview de Karl Albrecht Schachtschneider par Jürgen Elsässer du magazine Compact au sujet des divers plans de sauvetage de l’euro, publié dans Horizons et débats no 33, le 22 Aout 2011.

Jürgen Elsässer: Vous avez, avec vos collègues économistes, déposé un recours contre la prétendue aide à la Grèce et contre le «plan de sauvetage» temporaire. Dans quelle mesure, à votre avis, la Constitution et la démocratie allemandes sont-elles menacées?  

  • Karl Albrecht Schachtschneider: Il s’agit d’une tentative de sauvetage de l’euro qui, économiquement, n’est pas réalisable. Les sommes dont l’Allemagne s’est engagée à répondre ne peuvent pas être versées. Elles dépassent les possibilités de notre Etat.

Il ne s’agit pas de payements, mais seulement de garanties?

  • C’est ce qu’on dit. On prétend qu’il s’agit seulement de garanties. Mais le fonds de sauvetage qui a été créé solidairement par les Etats de la zone euro doit emprunter les sommes mises à la disposition des marchés financiers. Si l’emprunteur, en particulier la Grèce, ne peut pas les rembourser, les garants, dont l’Allemagne est le plus important, vont être obligés de le faire.
  • Le plan de sauvetage temporaire qu’on a créé jusqu’ici engage la responsabilité de notre pays à hauteur de 123 milliards d’euros; le plan de sauvetage permanent, le Mécanisme de stabilité européen (MSE), qui doit être voté bientôt, représentera un fardeau de 190 milliards d’euros pour l’Allemagne. Maintenant, on envisage de doubler le capital du MES et de le faire passer de 750 à 1500 miliards. La contribution allemande s’élèverait donc à 380 milliards. Cela paraît s’imposer car l’Italie, la troisième économie de l’UE, est dans le collimateur des agences de notation. Il est inimaginable que l’Allemagne puisse tenir ces engagements. 190 milliards d’euros représentent presque deux tiers du budget fédéral.

Ne faut-il pas être solidaire des Grecs?

  • L’argent ne profitera pas aux Grecs. On le fera parvenir aux créanciers de la Grèce, aux grandes banques, aux assurances, aux fonds. De même qu’aujourd’hui les Grecs doivent sacrifier une partie de leur salaire pour payer la dette, demain, on nous obligera, nous autres Allemands, à nous porter garants du fonds de sauvetage avec notre capital. C’est ce que les marchés financiers imposent aux Etats et aux peuples. Notre démocratie, notre Etat de droit et notre Etat social vont être ruinés … //

… Il semble que l’Allemand moyen n’ait pas l’impression que nous nous dirigions vers une dictature. Ne vient-on pas d’arracher la sortie du nucléaire, par la base, par un mouvement des masses?

  • Moi aussi je suis d’avis qu’on ne peut pas justifier le nucléaire car la sécurité n’est pas garantie. Mais je me demande si la sortie n’entraînera pas d’autres affaiblissements de l’économie allemande et c’est ce que cherchent certaines forces: affaiblir l’Allemagne pour imposer l’Etat autoritaire européen.

S’il y a danger pour la démocratie, chaque citoyen a le droit à la résistance; c’est ce que stipule l’article 20-4 de la Loi fondamentale. Le moment est-il venu?

  • Certainement. C’était mon argument, début juillet, devant la Cour constitutionnelle: notre ordre démocratique et libéral est en danger. Les opérations de sauvetage de la Grèce et de l’euro ont ruiné les principes fondamentaux de notre ordre démocratique, tels la garantie de la propriété, le principe de l’Etat social et celui de l’Etat de droit. Les institutions démocratiques sont privées de leurs pouvoirs, il n’y a plus de séparation des pouvoirs.

Vous songez à la position forte de la Commission européenne qui n’exécute pas seulement les lois, mais les formule elle-même à la place du Parlement?

  • Pas seulement. Il s’agit aussi de la Cour européenne de justice qui peut, au moyen d’arrêts de référence, définir avec une grande efficacité le droit de l’UE pour tous les Etats membres bien qu’elle ait aussi peu de légitimité démocratique que la Commission européenne. De toute facon, cet ordre politique n’a plus rien à voir depuis longtemps avec notre ordre démocratique et libéral et c’est pourquoi chaque citoyen, selon la Loi fondamentale, a le droit de résistance. Je n’appelle pas au combat avec des kalachnikovs, cela ne servirait à rien. Je propose des manifestations, l’abstention aux élections et le choix de partis libéraux. Ce processus est déjà en cours dans les pays qui nous entourent, cela finira par gagner l’Allemagne. (lire le texte en entier).

(Traduction Horizons et débats).

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