Le business lucratif de l’excision

Publié dans Le Jour, par ANNE MIREILLE NZOUANKEU, le 17 NOVEMBRE 2011.

Mutilations génitales féminines. Elles causent des ravages parmi les victimes et sont une source de revenus pour les exciseurs. Habiba est une femme de 34ans habitant le quartier Briqueterie de Yaoundé. Elle a été excisée à l’âge de 13 ans, une semaine avant son mariage. « On a creusé un trou. Des femmes ont formé un cercle autour de ce trou. On m’a amené, on m’a fait coucher par terre en mettant mes fesses au niveau du trou. On m’a écarté les jambes et les femmes bloquaient mes pieds pour que je ne bouge pas.  

Une vieille femme est venue au milieu du cercle et c’est elle qui a coupé », raconte Habiba. Elle ajoute : « J’ai senti une douleur que je ne peux décrire. Je me rappelle que j’ai eu tellement mal que je me suis évanouie. Quand je me suis réveillée, j’ai constaté que j’avais beaucoup saigné et que mon sang avait rempli le trou ». 21 ans plus tard, la douleur semble toujours présente. Ses yeux  s’emplissent de larmes ce 05 novembre, pendant qu’elle raconte son histoire … //

… Des droits bafoués:

L’excision et les autres formes de mutilations génitales font courir des risques aux femmes. Leurs organes génitaux sont endommagés. Certaines en meurent, à cause des saignements abondants ; d’autres perdent l’estime d’elles-mêmes. « Lorsqu’on t’excise, tu te sens comme un animal qui est passé chez le boucher. Nous avons honte d’en parler devant les femmes non excisées. Nous nous sentons inférieures à elles, moins que femmes», constate Habiba. Au vu des douleurs physiques et mentales, du sentiment d’avilissement et d’humiliation causé par les mutilations génitales féminines, celles-ci peuvent être assimilées à des traitements inhumains et dégradants. Il s’agit là de la violation de plusieurs droits fondamentaux des femmes : le droit à la santé, à la non discrimination en raison du sexe, celui de disposer de son corps et de choisir sa forme de sexualité ainsi que d’être à l’abri de traitements déshumanisants.

Selon l’article 2 de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, les Etats s’engagent à « prendre toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour modifier ou abroger toute loi, disposition réglementaire, coutume ou pratique qui constitue une discrimination à l’égard des femmes ». Le Cameroun a ratifié cette convention, mais tarde à l’appliquer. Le travail des associations qui luttent contre l’excision est d’autant plus difficile que la pratique n’est pas légiférée. De plus, les familles ont trouvé des voies de contournement pour pratiquer l’excision incognito, comme l’explique Oudina Bobo, membre d’un comité local du quartier Briqueterie. « Quand une femme accouche, on lui trouve une autre femme plus âgée qui viendra l’assister pendant six à sept jours et parfois plus. En général, cette femme est là pour laver l’enfant, mais, c’est pendant ces jours qu’elle amène l’enfant pour se faire exciser. Après l’excision, on organise une fête en disant que c’est pour le baptême de l’enfant. Pourtant, il y’a autre chose derrière », témoigne-t-elle.

Toutefois, quelques femmes ont de plus en plus le courage de s’opposer à l’excision. C’est le cas d’Habiba, qui en a payé un lourd tribut. Elle a été chassée de son foyer conjugal et de son village pour s’être opposée à l’excision de ses filles. « Je ne le regrette pas », affirme-t-elle. Même si elle a parfois l’impression que son combat est vain. « Vous allez écrire votre article et ça ne changera rien, tant que des équipes ne resteront pas en permanence dans les villages et dans les quartiers pour intimider les exciseurs », dit-elle, résignée. (le texte en entier).

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