FEMMES-PAKISTAN-INDE: Les femmes dénoncent un rituel secret de mutilations sexuelles

Publié dans IPS, par Zofeen Ebrahim, le 6 février 2012.

KARACHI, 30 janvier (IPS) – Alefia Mustansir (40 ans) se souvient de cet épisode de son enfance: C’était une pièce sombre et lugubre. Une vieille dame m’a demandé d’enlever mes collants, de m’asseoir sur une chaise en bois, d’écarter les jambes. Ensuite, elle m’a fait quelque chose. J’ai hurlé de douleur. 

Son amie, Sakina Haider, se rappelle « s’être débattue » avant de céder. Ma grand-mère m’avait dit qu’on m’emmenait chez le médecin pour qu’il traite les picotements dus au savon quand je prenais mon bain!

Les deux femmes ont refusé que leurs filles subissent l’excision, ou mutilation génitale féminine (MGF), une pratique qui constituait le secret le mieux gardé des Dawoodi Bohras jusqu’à ce que de jeunes femmes de la communauté s’insurgent il y a quelques années.

Les Bohras, une branche des Chiites Ismaéliens bohras, sont une communauté unie dont la majorité des membres résident en Inde et au Pakistan. Leur nombre est estimé à deux millions à travers le monde.

On pouvait lire dans un article publié le 12 décembre dernier dans le célèbre hebdomadaire indien Outlook que le Khatna (l’excision) est une tradition des Bohras qui remonte à leurs origines (nord) africaines. Ils continuent à la pratiquer parce qu’il la considère comme un acte de foi.

L’article se poursuit ainsi: … //

… Elle a également reconnu qu’aujourd’hui, étant donné la pléthore de mises en garde contre cette pratique, il est impératif de fournir à la communauté les informations nécessaires afin que les filles concernées puissent faire des choix éclairés.

Tout le monde n’acceptera pas cela aveuglément : pas les filles de la prochaine génération. Elles remettront cette pratique en question et se rebelleront, c’est donc important de les préparer, a-t-elle déclaré à propos de ce rituel soigneusement dissimulé aux hommes de la secte.

Tasleem a confié à la revue Outlook que les mutilations génitales féminines sont pratiquées dans toutes les couches de la société des Bohras. Je dirais que 90 % des membres y ont recours.

Arwa Mohammad, la vingtaine, a signé la pétition parce qu’elle considère les mutilations comme archaïques et absurdes. Elle a été circoncise à l’âge de sept ans par l’ami médecin de sa grand-mère.

Mariée il y a un an, Mohammad « n’a pas été traumatisée » par son excision, mas elle n’a tout de même pas compris pourquoi elle devait subir cette intervention. J’ai des amies qui ont été excisées comme moi, mais qui ont une libido exacerbée. De son côté, elle a confié être frigide.

L’idée de mutiler une petite fille me donne la chair de poule, a confié Amena Ali, 37 ans, non excisée. Elle refuse de faire exciser ses deux petites filles. Âgées de six et huit ans, elles sont en effet en âge de l’être. La pétition, lancée sur Internet en octobre 2011, est accompagnée d’un forum de discussions destiné aux partisans et aux opposants à cette pratique. C’est la toute première fois au sein de la communauté que l’on peut aborder ce sujet tabou.

Initialement, seules les personnes n’appartenant pas à la communauté des Bohras signaient cette pétition, mais dès que les médias ont relayé l’information, beaucoup de femmes de la communauté ont commencé à parler ouvertement de leur expérience douloureuse, a confié Tasleem à l’agence IPS, dans un courriel depuis l’Inde.

Jusqu’à présent, Tasleem a réussi à récolter 1.059 signatures. Je vais continuer dans ce sens jusqu’à ce que le Dr Syedna prohibe cette intervention. La conscientisation de la population est le premier pas vers une résolution du problème.

Seul le temps nous dira si ce rituel sera aboli grâce à cette pétition, affirme Zainab Hussain, 49 ans. Cependant, elle sent que la pétition va faire bouger les choses. Ils (les dirigeants de la communauté) pourraient éventuellement être amenés à rompre le silence et à donner une réponse plausible aux questions que posent les opposants à cette pratique. (le texte en entier).

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