Toute vérité n’est pas bonne à entendre

Publié par Voltairenet.org, par Salim Lamrani (Enseignant, écrivain et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis), Nov. 15, 2007.

Hugo Chávez, José Luis Rodriguez Zapatero et le roi d’Espagne

Au-delà de son caractère anecdotique, l’altercation survenue lors du XVIIe Sommet ibéro-américain révèle la probable implication du roi d’Éspagne, Juan Carlos de Borbón, dans la tentative de coup d’État organisée par les États-Unis contre le président régulièrement élu du Venezuela, en 2002. En tous cas, elle manifeste une arrogance anachronique des puissances occidentales:

3 Excerpts: … Plusieurs dignitaires latino-américains tels qu’Evo Morales de Bolivie, Carlos Lage de Cuba, Daniel Ortega du Nicaragua et Hugo Chávez ont appelé à l’instauration d’un nouveau modèle économique alternatif au néolibéralisme sauvage qui ravage le continent depuis les années 1980. La privatisation des ressources naturelles et des entreprises latino-américaines, qui ont entraîné la ruine de nombreuses économies et plongé dans un désarroi social sans précédent les populations, ont uniquement profité aux élites locales et aux multinationales étrangères. « Les services de base comme l’eau potable, les systèmes d’assainissement, les télécommunications ou l’énergie ne doivent pas continuer à appartenir au domaine privé », a déclaré Morales [1] …


… Mais apparemment, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. C’en fut trop pour le roi d’Espagne qui, perdant sa sérénité légendaire, s’est adressé au président vénézuelien de manière virulente et particulièrement offensante. « Toi ! […] Pourquoi tu ne la boucles pas ? », s’est-il exclamé en le pointant du doigt de façon peu amicale, plongeant les 22 pays participants dans la surprise la plus totale [6].

Loin de répondre à l’attitude irrespectueuse du monarque espagnol, Chávez s’est contenté de citer José Gervasio Artigas, héros des guerres d’indépendance latino-américaines contre l’Empire espagnol : « ‘Avec la vérité, je n’offense personne ni ne crains personne’. Le gouvernement du Venezuela se réserve le droit de répondre à n’importe quelle agression dans n’importe quel endroit […] et sur le ton qui lui semblera [7] » …

… Pourquoi le fait d’avoir rappelé qu’Aznar avait apporté son soutien au coup d’État contre Chávez a-t-il amené le roi d’Espagne à perdre son sang-froid ? « Monsieur le roi, répondez, étiez-vous au courant du coup d’État contre le gouvernement du Venezuela, contre le gouvernement démocratique légitime du Venezuela en 2002 ? », a-t-il demandé [18]. En effet, en Espagne, ce n’est pas le premier ministre qui dirige la politique étrangère mais le chef de l’État, c’est-à-dire le roi Juan Carlos. Selon le Titre II de la Constitution de 1978, « le Roi est le Chef de l’Etat […] [et] assume la plus haute représentation de l’État espagnol dans les relations internationales [19] ».

L’ambassadeur espagnol Manuel Viturro de la Torre avait soutenu le coup d’État contre Chávez en 2002, et avait offert son soutien politique et diplomatique au dictateur Pedro Carmona. Viturro avait informé Aznar dans un télégramme du 13 avril 2002 qu’il avait été reçu par Carmona [20]. « Il est difficile de croire que l’ambassadeur ait soutenu les putschistes, qu’il se soit rendu au Palais [présidentiel], sans l’autorisation de sa majesté », a souligné Chávez. « Je comprends désormais la furie du roi […], c’est pour cela qu’il se met en colère lorsque je dis qu’Aznar est un fasciste. […] Il s’agit du même roi et c’est lui qui dirige la politique étrangère [21] ».

La parole est à Sa Majesté. (voir le long texte entier).

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